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Il y a ces mères qui ne comprennent pas ce que leur enfant fait là, ces mères pour lesquelles leur enfant est gentil, bien élevé et qui ne reconnaissent pas l'homme qu'on leur
décrit...
Il y a ces autres mères, anéanties par la souffrance de leur enfant, qui culpabilisent de n'avoir rien vu ou de d'avoir rien pu faire. Ces mères qui donneraient tout pour que rien ne soit arrivé
et qui ne pardonnent pas à cet homme pour leur avoir brisé leur enfant, la part la plus chère d'elles-même.
Il y a ces enfants qui ont aimé leur père Il y a ces autres qui ne savent pas s'ils ont encoire droit d'aimer un père qui les a fait tant souffrir, qui parfois le déteste à peine plus qu'ils
l'aiment. Il y a ces enfants qui arrivent à pardonner à leur bourreau et ces autres qui n'y arriveront jamais, ces enfants qui, parents à leur tour, se demandent s'ils arriveront à éduquer leur
propre descendance malgré ce qu'il leur est arrivé à eux quand ils étaient encore innocents.
Il y a ces hommes...certains sont jeunes à peine sortis de l'adolescence, d'autres sont plus vieux... célibataires, mariés ou pères. Certains vivaient de petits boulots, d'autres avaient de
grandes situations. Certains baissent les yeux, d'autres rigolent ou font les fiers. Tous ont un point commun, ils sont accusés d'avoir commis un crime : violeur, pédophile, tueur...
Il y a ces témoignages de victimes, sobres parfois, difficiles à prononcer souvent, éprouvants à entendre à chaque fois. Des témoignages dans lesquels chacun se retrouve : que l'on soit femme,
homme, mère, père ou enfant, à chaque témoignage, une part de nous trouve de quoi s'identifier. Des éléments de notre passé, de notre environnement nous permettent de trouver des éléments
communs avec ces personnes qui ont subi le pire parfois. Même si l'on souhaiterait le contraire et ne pas être touchés.
Il y a ces témoignages d'accusés, certains difficiles à supporter, souvent pathétiques, mais donnant rarement aux victimes les réponses qu'elles sont venues chercher.
Il y a ces face à face entre les victimes et les accusés. Celles-là demandant des explications ou des aveux et ceux-là incapables de leur donner au moins ce quelque chose qui leur
permettraient de commencer à faire la paix avec elles mêmes. Ces face à face sont tellement plein d'attentes d'un côté et de retenue ou d'incompréhension de l'autre que la tension en est
palpable. Une tension remplie d'une émotion qui vous noue la gorge et laisse planer des silences lours et éloquents.
Il y a "les faits" : il y a ceux qui ont duré longtemps ou ceux qui n'ont pris qu'un instant pour faire basculer plusieurs vies. Ceux pour lesquels le destin s'en est mélé et ceux,
nombreux, pour lesquels l'alcool a joué un rôle.
Il y a ces verdicts rendus : ces verdicts qui font s'effondrer certaines mères qui ne reverront leur fils hors de prison que dans plusieurs années mais qui satisfont ces autres. Ces
verdicts à double tranchant lorsque l'accusé est aussi le père de la victime. Ces verdicts dont on sait qu'à leur tour ils feront d'autres victimes, lorsque l'accusé, maintenant reconnu coupable,
est père d'un enfant dont l'enfance et l'adolescence sera marquée par l'absence. Ces verdicts si importants pour les victimes. Bien sûr, cela n'effacera jamais ce qui est arrivé mais c'est la
reconnaissance que ce qui est arrivé a bien eu lieu.
Et il y a nous, simples anonymes, devenus jurés l'espace d'un moment. Nous qui écoutons ces témoignages, l'enoncé des faits, les réquisitoires, les plaidoiries : toutes ces choses bien éloignées
de notre quotidien et que, sans vouloir se voiler la face, on aurait préféré ne jamais avoir à entendre. Nous qui sommes responsables du cours de plusieurs vies qui seront toutes impactées par le
verdict rendu : accusé bien sûr, mais aussi sa famille, les victimes et tout leur entourage. Nous qui, avant d'avoir été tiré au sort, ne comprenions pas les verdicts prononcés. Nous qui,
dorénavant, n'émettrons plus d'avis sur une peine prononcés par une cour d'Assises parce que nous savons à quel point la tâche est difficile.
Certains disent qu'il ne faut plus penser à cette période une fois que la session de Cour d'Assises est terminée. Moi, cela ne me hante pas mais il arrive qu'un lieu, un nom, une situation me
refasse penser à ces hommes, ces femmes et leurs vies gâchées et je suis reconnaissante à la vie, au destin de m'avoir permis de ne jamais connaître ça jusqu'à présent.